Interview de Victoria, éducatrice de rue

Victoria Mónico est responsable de projet au Salvador pour l’Association Terre des Jeunes depuis sa création. Elle a un engagement et une expérience importante avec la jeunesse en Amérique Centrale. Elle respire la joie salvadorienne…

Terre des Jeunes (TDJ) : Victoria, peux-tu nous dire qui est-tu en quelques mots ?

Victoria : Je suis une personne optimiste, extravertie, constante, avec une stabilité dans mes relations interpersonnelles, ayant une facilité d’adaptation et de disposition. Je profite beaucoup de ma vie et de ce que je fais. Je crois fermement aux possibilités de changement.

TDJ : Quelle est ta trajectoire professionnelle ?

Victoria : J’ai travaillé dans différents champs : administration, comptabilité, gestion de projets, communication, organisations d’évènements, éducatrice, travail avec les enfants, les jeunes et les femmes. Actuellement, je suis éducatrice de rue.

TDJ : Comment es-tu arrivée dans l’Association Terre des Jeunes ?

Victoria : J’ai connu le projet dès son commencement. J’étais au départ davantage engagée dans la logistique que dans l’action, et petit à petit je me suis impliquée dans la prise en charge des enfants et des jeunes directement dans la rue pour pouvoir les accompagner.

TDJ : Concrètement, quel est ton travail au quotidien ?

Victoria : Chaque jour est une expérience différente. Pendant que nous effectuons notre travail de rue, on ne sait jamais ce qui va se passer étant donné qu’on ignore qui ou quelle situation nous allons trouver. Dans la rue, il y a de grandes variations du nombre d’enfants et de jeunes.

On entend par travail de rue l’approche des enfants et des jeunes qui se trouvent dans la rue, gagner leur confiance pour garantir leurs droits au moyen de la relation éducative, dans l’objectif de pouvoir les motiver à opérer des changements dans leur vie et d’avoir un meilleur futur.

Il existe différentes routes de travail de rue préétablies. Tout se fait en marchant de secteurs en secteurs dans la capitale, San Salvador. Quand je rencontre un enfant, un jeune, un parents avec son enfant, je m’arrête et je commence un dialogue amical si c’est la première fois que je les croise, pour connaître leur nom, leur âge, etc. et créer ainsi du lien. Si nous nous connaissons déjà je leur demande comment ils vont, ce qu’ils ont fait, etc. Je m’intéresse à eux.

Dans tous les cas, selon leur réponse, nous cherchons une façon de pouvoir les soutenir et les accompagner.

Parfois, ils ont besoin de voir un médecin, de faire leur toilette, de se reposer, de manger, de vider leur sac, de se désintoxiquer, de faire une démarche administrative, de visiter un enfant institutionnalisé, étudier, visiter leur famille, etc. L’accompagnement et le suivi de chacun sont personnalisés.

Dans la plupart des cas, il s’agit simplement de parler avec eux et à travers notre discussion, leur donner de la dignité en tant qu’être humain.

La population dont nous nous occupons est variée. La tranche d’âge va des nouveau-nés jusqu’au jeunes de 25 ans. Dans notre approche des enfants et jeunes qui vivent ou travaillent dans la rue, nous avons aussi des contacts avec les adultes qui les entourent. Mais la prise en charge se limite à la tranche d’âge précédemment mentionnée.

En tant qu’association nous contribuons à ce que soient garantis les droits essentiels des enfants, des adolescents et des jeunes âgés de moins de 25 ans – qui vivent dans la rue, qui sont exposés à des conditions de vulnérabilité sociale et économique, qui sont abusés ou exploités sexuellement, maltraités physiquement et émotionnellement, qui consomment des drogue, qui sont laveurs de pare-brises, jongleurs sur les carrefours ou vendeurs ambulants – pour obtenir leur réinsertion dans la société et si possible dans leur famille afin d’avoir des opportunités qui offrent une vie meilleure.

TDJ : Ces jeunes qui vivent et/ou travaillent dans la rue ont-ils un futur ? Vois-tu quelques changements dans leur vie ?

Victoria : C’est une question compliquée. Je crois en effet qu’ils ont un futur. Mais c’est un processus sur du long terme qui demande beaucoup de patience. Parfois, on est déçu de voir, semaines après semaines, qu’au lieu d’améliorer, leur condition de vie devient de pire en pire. C’est une population qui a du mal à être constant. La consommation de drogue est un des principaux obstacles. Mais cela ne veut pas dire que c’est impossible.

Bien sur, je vois des changements. Quelques jeunes, petit à petit, consomment moins de drogue et cherche une façon de se désintoxiquer. Certaines mères de famille se préoccupent de l’éducation de leurs enfants pour qu’ils puissent quitter la rue. Des jeunes optent aussi pour retourner dans leur famille, que ce soit pour un temps plus ou moins long. Oui, il y a des changements, petits, mais significatifs.

TDJ : Quel plus apporte Terre des Jeunes dans le tissu des institutions qui travaillent avec la même population ?

Victoria : Notre plus, c’est la façon dont nous prenons en charge les jeunes et la présence constante dans la rue. Pour Terre des Jeunes, le travail de rue est prioritaire et très important. C’est notre meilleur savoir-faire quand les autres institutions qui travaillent avec les mêmes jeunes dédient peu de temps au travail de rue et se concentrent davantage à consolider et améliorer les conditions de ceux qui assistent à leurs centres ou à leurs rencontres.

En revanche, de notre côté, nous avons toujours une présence dans la rue. Cela nous permet de savoir tout de suite ce qui arrivent à nos jeunes, les changements qui s’opèrent, les nouveaux enfants et jeunes qui arrivent tout comme ceux que l’ont perd, soit qu’ils disparaissent, soit qu’ils décèdent.

Travailler en équipe avec les institutions qui disposent de centres ou de lieux de rencontres établis nous aide à offrir à notre population une prise en charge intégrale.

Maintenant, Terre des Jeunes est connue et appréciée par de nombreuses personnes et associations au Salvador qui nous soutiennent grâce à leur cabinet médicaux, administratifs, éducatifs et légal.

TDJ : Que peut apporter Le Salvador et les salvadoriens aux enfants et aux jeunes du monde ?

Victoria : Nous sommes un petit pays, surpeuplé, qui a surmonté une guerre civile et qui actuellement souffre de la violence des « pandillas », gangs transnationaux armés. Malgré tous les conflits vécus tout au long de l’histoire salvadorienne, notre peuple est travailleur, joyeux, amical et ne réfléchit pas à deux fois à aider son prochain, qu’il soit étranger ou de même nationalité.

Je crois que suite à tous ces conflits, nous pouvons apporter notre expérience dans l’approche, l’accompagnement et le suivi de la jeunesse en processus de résolution des conflits de façon pacifique, en promouvant la culture de paix.

Si vous souhaitez aider Victoria et Terre des Jeunes, c’est par ! Votre aide est précieuse!

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