Une journée dans la vie d’un éducateur

 

Une journée avec les éducateurs de rue

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Nos super-héros des rues

A 8h, les éducateurs se retrouvent pour préparer leur journée dans les rues de San Salvador.

Le droit à l’identité

Dans un premier temps, les deux éducateurs se rendent à la Mairie de San Salvador. Ils y retrouvent leur contact, Francisco, qui doit les aider à obtenir rapidement et gratuitement quelques documents pour garantir le droit à l’identité de deux enfants et un adolescent.

Parmi eux, Jason, 17 ans, vit dans la rue. Il a besoin de son acte de naissance pour pouvoir se réinscrire à l’école. En effet, bien qu’il continue de dormir dans la rue, il a cessé de se droguer, travaille toute la semaine dans un magasin de vente de meuble, et a sollicité Terre des Jeunes pour l’accompagner dans ses reprises d’étude. Elena et Brenda, elles, ont 8 et 11 ans. Elles travaillent toutes les deux dans la rue avec leurs parents, à laver les pare-brises des voitures. Aux yeux de la société, Elena et Brenda n’existent pas. Elles ne sont pas inscrites sur le registre des naissances. Terre des Jeunes, en accord avec leurs parents, travaille main dans la main avec le bureau du Procureur Général de la République pour pouvoir les inscrire. Cette démarche durera plus de quatre mois et nécessite des documents de la mairie où ils vivent.

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Premiers pas vers la reconnaissance d’identité

Moins d’une heure plus tard, documents en main, Victoria et Simon-Pierre peuvent poursuivre leur travail de rue. En route vers un carrefour où ils souhaitent retrouver une jeune maman adolescente qui travaille avec ses enfants pour lui proposer de les mettre à la garderie municipale (le CDI – le Centre de Développement Infantil) ils se rendent compte, à un autre carrefour, de la présence d’un groupe de jeunes qui lavent des pare-brises.

Encore loin du carrefour, ils parviennent à identifier une jeune fille d’une dizaine d’année et décident alors d’aborder le groupe. Ce moment est pour eux toujours plein de surprises et d’appréhension.

La création d’une relation éducative

Pour le coup, malgré quelques minutes d’étonnement de la part des laveurs de pare-brises, le contact passe plutôt bien avec le leader du groupe. Ils sont 6 jeunes. Les filles ont respectivement 11, 14, et 17 ans. Les garçons, 19, 20 et 22 ans. Certains sont frères et sœurs, d’autres sont en couple et ont déjà un enfant. Nous prenons le temps de les connaître et de nous présenter en tant qu’association. Nous leur expliquons les droits que nous cherchons à garantir et protéger. Ils semblent agréablement étonnés de l’existence d’une telle organisation. L’un d’eux nous confie à voix basse que l’une des filles du groupe a perdu son enfant en bas âge, il y a quelques jours de cela, pour nous dire qu’ils ont besoin d’un accès plus facile aux soins et de meilleure qualité.

Le groupe est surtout motivé par le droit à l’éducation. Ils sont intéressés par des ateliers professionnels que nous leurs proposons via la mairie de San Salvador. La jeune fille de 17 ans, celle qui a perdu le bébé, explique qu’elle ne sait pas vraiment lire ni écrire. Celle de 11 ans, elle, n’est jamais allée à l’école.

En passant du temps à discuter amicalement avec le groupe, pour pouvoir initier une relation éducative bienveillante, les deux éducateurs s’étonnent de voir deux petites filles, à peine 5 ans, pieds nus, venir sur le trottoir rejoindre le groupe. Ce sont les sœurs de la plus jeune du groupe, Paula, 11 ans. Elles vivent avec leurs parents dans une maison abandonnée à quelques pas d’ici. Paula est très distante avec les éducateurs. Elle passe d’une personne à l’autre, très brièvement et intelligemment, évite les discussions posées et longues, un comportement typique des jeunes que l’association accompagne dans la rue et qui sont souvent très autonomes, livrés à eux-mêmes le plus clair de leur temps, fuyant le plus possible le foyer familial, parfois étouffant et souvent précaire.

Les éducateurs tentent le plus possible de rentrer en contact avec elle pour entamer une relation de confiance. En essayant d’en savoir plus sur sa famille, elle nous explique que sa mère est, en ce moment, à l’hôpital et que son père se remet d’une soirée très alcoolisée. Elle veut bien nous présenter sa famille, mais un autre jour, dans de meilleures conditions. Le groupe la motive pour qu’elle puisse aller à l’école. Elle leur fait comprendre qu’elle préfère travailler ici à gagner un peu d’argent que de s’enfermer dans un lieu avec d’autres enfants. Pour autant, elle montre de l’intérêt à l’école d’alphabétisation étant donné qu’il s’agit de peu d’heures par semaine.

Une fois le contact bien établi et la promesse de se retrouver au même endroit la semaine suivante pour voir ce qu’il en est des ateliers proposés par la mairie de San Salvador, les éducateurs continuent leur travail de rue.

Le droit à la santé

A présent, ils se rendent sur un campement de jeunes qui vivent dans la rue. En Amérique Latine, ils sont appelés les huelepegas, les « sniffeurs de colle », du fait de la colle à chaussure, substance chimique qu’ils inhalent continuellement par le biais d’une bouteille en plastique. Terre des Jeunes suit ce groupe depuis plusieurs années bien que l’accompagnement éducatif soit plus complexe et les résultats plus diffus dans le temps. Grâce à cette relation éducative à long terme, les éducateurs peuvent alors se permettre de leur porter une parole d’autorité quant aux conduites et pratiques sociales et sexuelles à risque. Ils tentent aussi d’emmener les plus jeunes à participer au centre d’accueil de jour d’une fondation partenaire.

Le droit à l’éducation

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Brenda et Elena s’inscrivent à l’école!

Enfin, les éducateurs se rendent à l’école primaire publique du centre ville pour continuer de négocier avec la directrice l’inscription de deux jeunes filles, Brenda et Elena, de 8 et 11 ans, qui ne sont jamais allées à l’école. Le processus de négociation n’a pas été simple pour plusieurs raisons : l’âge avancée des filles pour entrer en « première année », l’année scolaire déjà bien entamée (l’école commence en janvier et termine en octobre au Salvador), et pour finir, les filles n’ont pas été inscrite sur le registre des naissances.

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Brenda et Elena prêtes pour l’école!

Malgré cela, et grâce au travail de Sylvia, contact de Terre des Jeunes au Ministère de l’éducation, la directrice annonce aujourd’hui aux éducateurs la possibilité d’inscrire les deux jeunes filles à l’école.

Cette annonce réjouissante modifie complètement le parcours prévu pour le travail de rue. Il a fallu plus d’un an et demi à Terre des Jeunes pour sensibiliser la famille aux intérêts de mettre ces enfants à l’école. Les deux éducateurs prennent donc le chemin du carrefour où se trouvent les deux enfants pour annoncer la nouvelle et prévoir un rendez-vous à l’école, le lendemain, avec les parents, les enfants, et la directrice, afin que les jeunes filles commencent au plus tôt l’école.

[Texte de Simon-Pierre Escudero, éducateur Terre des Jeunes]

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